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Projet d’édition scientifique des manuscrits de Le Masson du Parc sur le littoral occidental du royaume de France entre 1723 et 1737. Première politique de la pêche.

Origine du projet

L’initiative en revient à Anne-Marie Cocula, historienne moderniste, professeure et ancienne présidente de l’université de Bordeaux 3 Montaigne et 1ère vice-présidente de la région Aquitaine, qui avait « rencontré » ces manuscrits lors de son doctorat. En 2004 elle propose à Bernard Larrieu, directeur des Éditions de l’Entre-deux-Mers, éditeur de beaux livres et son ancien étudiant, de publier le manuscrit concernant l’Aquitaine (ressort des amirautés de Bayonne et de Bordeaux).

Anne-Marie Cocula m’a proposé de rejoindre l’aventure et Bernard Larrieu de la continuer en prenant la direction de la collection consacrée à l’édition intégrale des manuscrits de Le Masson du Parc. Trois manuscrits ont été ainsi publiés intégralement et le littoral de Hendaye au sud de Nantes entièrement couvert.  Nous avons également publié dans le second volume un manuscrit conservé au département des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, recueil de dessins commandés par Le Masson du Parc. Le 3e volume concernant l’inspection des amirautés de Nantes, Vannes et Quimper (la Bretagne méridionale) est en préparation et devrait s’achever fin 2018, avec le soutien de l’Observatoire européen de l’Estran, de Musée de la Pêche de Concarneau de la CCI de Quimper-Cornouaille et des Archives nationales.

L’inspection de tous les villages côtiers entre 1723 et 1737, de Dunkerque à Hendaye.

En 1723 Le Masson du Parc est convoqué à Versailles. Il lui est demandé d’aller inspecter les côtes de Flandres, du Boulonnais et de la Picardie. Il accomplit sa chevauchée à cheval, à pied et en bateau. Il interroge les pêcheurs, s’enquiert des pêches pratiquées, des filets et engins utilisés, se les fait présenter.

Il parcourt toutes les paroisses littorales, village après village, se rendant dans chaque hameau ou lieu-dit dans lequel il sait qu’il y a des pêcheurs. Il a préparé sa tournée en demandant des rapports à l’administration des classes (l’inscription maritime).

Il parcourt ensuite la Normandie (fin 1723-1724). Il est alors promu commissaire de la marine, au même grade que son premier « patron », occupant les fonctions, créées pour lui et pour la première fois, d’inspecteur général des pêches du poisson de mer.

En 1726 il visite la Haute-Bretagne, en 1727, les amirautés de Bayonne, Bordeaux, Marennes et La Rochelle. En 1728 il reprend sa tournée dans l’amirauté des Sables d’Olonne puis continue le long des côtes de la Basse Bretagne (amirautés de Nantes, de Vannes et de Quimper, jusqu'au sud de Brest).

Il reprend ensuite depuis le nord du royaume une deuxième inspection, en repartant en 1729-1730 le long des côtes de Flandre, du Boulonnais et de la Picardie, 1731 en Normandie et en 1732 en Haute-Bretagne.

De toutes ces visites, il a dressé des procès-verbaux extrêmement détaillés qui composent neuf grands registres folio conservés aux Archives nationales.

 

La première politique de la pêche liée à la constatation de la diminution de la ressource halieutique…au xviiie siècle

Le Masson du Parc est envoyé en mission d’inspection car dès le règne de Louis XIV et le temps de Colbert, le gouvernement s’inquiète de la diminution constatée de la ressource halieutique. Pour remédier à ce qu’on appelle à l’époque la « disette du poisson de mer » et la « stérilité » de la mer, le gouvernement de la Régence choisit, une fois la paix revenue dans le royaume, de s’occuper du problème.

Dès 1681 Colbert avait fait promulguer par le roi l’ordonnance de la marine dont le livre v traite entièrement de la pêche. Il s’agit d’un texte législatif extrêmement précis et technique réglementant les pêches par saison et par espèce, indiquant les types d’engins à utiliser et ceux qui sont prohibés.

La problématique tient à l’époque à la préservation des habitats et des frayères, sans tenir compte de l’influence du climat du « petit âge glaciaire » (dû notamment à un forçage volcanique au milieu du XIIIe siècle (Franck Lavigne)) ni des cycles. Les engins traînants sont interdits, de même que les engins insuffisamment sélectifs.

Dans un dialogue paternaliste avec les pêcheurs, Le Masson du Parc tente de conjuguer préservation de la ressource et pêche vivrière.

Le Masson du Parc représente l’archétype de l’homme des pré-Lumières, savant éclairé, humaniste, n’hésitant pas à critiquer jusqu’aux injustices du système fiscal en vigueur à l’époque.

Il incarne à lui seul la première politique gouvernementale de la pêche.