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Florence Prudhomme - doctorat sur "Naviguer en temps de révolution"

 

Titre de la thèse de doctorat : Naviguer en temps de révolution : Le Chevalier de l'Espine (1759-1826), de l'Indépendance Américaine au service de l'Autriche. Un destin au prisme de l'archéologie et de l'histoire.

 

Présentation

 

Objets de fascination dans l’imaginaire collectif, les épaves ont toujours suscité le plus vif intérêt de la part des archéologues, des scientifiques ou encore des pilleurs en quête d'un trésor sous-marin. Capsules temporelles immergées dans l'eau, elles recèlent les derniers moments de la vie à bord, de son capitaine et de son équipage, avant le naufrage.

C'est cette capsule de temps que nous allons analyser grâce à la découverte d'une épave échouée sur la côte nord de l’actuelle République dominicaine qui va nous faire revivre le destin d'un officier de la marine royale française, le chevalier de l’Espine. Cette biographie surgie des eaux soulève alors de nombreuses questions et notamment celle de ses deux existences, la première sous l’Ancien Régime, la seconde lors de son émigration en Autriche.

 

Problématique

 

Ces recherches ont pour objectif de venir combler plusieurs lacunes : en premier lieu peu d’études sont dédiées aux jeunes officiers du XVIIIe siècle, alors que celles consacrées aux amiraux foisonnent. Pour le seul Bougainville plus d’une quinzaine de biographies ont été publiées, tout comme pour Suffren. Force est de constater qu’il existe bien moins de travaux sur cette génération, pas encore « perdue », de jeunes commandants de la Guerre d’Indépendance américaine, dont les espérances de carrière furent, tout comme la prééminence sociale nobiliaire, ruinées peu après par la Révolution. Pourtant, à partir du mémorable affrontement de la Belle Poule et de l’Arethusa, le conflit américain a vu se multiplier les combats opposant de petits bâtiments, certaines de ces affaires ayant alors un grand retentissement. Tel ne fut pas le cas de l’interception, pourtant spectaculaire de la corvette le Dragon, que commandait le chevalier de l’Espine, par plusieurs vaisseaux de l’amiral Hood en 1783[1] Il s’agissait pour les Britanniques de s’emparer de missives secrètes liées à des projets français d’opérations aux Caraïbes.

Ainsi notre démarche s’articule autour de 3 axes :

La première partie s’attache à reconstituer les racines provençales du jeune chevalier, son engagement comme garde-marine à Toulon et ses premiers embarquements à bord de l’Aimable et de la Friponne selon les journaux de bord.

La deuxième partie montre les difficultés rencontrées lors du processus d'identification d'une épave inconnue et les nombreuses fausses pistes suivies. Malgré ces obstacles, l’analyse et l’expertise du mobilier archéologique permettent de reconstituer une mission secrète confiée à un jeune officier tout en abordant la question du renseignement au XVIIIe siècle. Comment étudier ce qui par nature essaie de ne laisser aucune trace ?

Enfin la troisième partie, porte sur la manière dont le chevalier de l’Espine quitte la France révolutionnaire et, via l’émigration militaire, trouve en Autriche l’avenir que sa patrie lui refuse désormais. Disparaissant des sources françaises, il devient cet Heinrich Graf l’Espine aussi connu des historiens de la marine des Habsbourg qu’ignoré des Français. Sa destinée n’est pas sans évoquer celle de son camarade M. de Traversay, émigré devenu ministre de la Marine du tsar[2].

Retrouver la continuité invisible d’une vie de marin et de militaire : tel est l’objectif de cette biographie surgie des eaux.

 

Sources

 

De ce fait, notre étude a nécessité une recherche multidirectionnelle au travers des archives et de la bibliographie, enrichie par l’interdisciplinarité et l'apport de l'archéologie sous-marine. Le chantier de fouilles a servi d’élément déclencheur quant à l’identification de l’épave et s’est révélé une source scientifique primordiale.

Quant aux sources écrites, en plus de celles conservées en France, il a fallu retrouver les documents éparpillés dans de nombreux fonds européens notamment à Malte (en anglais et en italien) pour ce qui est des preuves en tant que chevalier de Malte, en Autriche à Vienne (en allemand) pour sa carrière sous le pavillon autrichien et en Angleterre au Maritime Museum à Greenwich pour la relation du combat naval du Dragon.

 

Publication

 

“From the Massassuchets Privateer Washington to the French corvette le Dragon”, Nautical Research Journal, September 2017, volume 62 , N° 3, American War of Independence 1776-1783.

 

[1] La corvette qui a navigué sous 3 pavillons différents (Le Dragon marine royale, Liverpool privateer The Dragon, American brigs The Washington) fait l’objet d’une étude détaillée dans la deuxième partie.

[2] Madeleine du Chatenet,, L'Amiral Jean-Baptiste de Traversay, un Français, ministre de la marine des Tsars, Tallandier 1996..