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Thématique "Navigation, commendement, opérations"

Cette thématique d’ensemble en trois mots : « Navigation, commandement, opérations » met l’accent sur les données concrètes que sont les structures et donc les performances d’un bâtiment, son adaptation aux missions et sa mise en œuvre isolément ou dans une force navale. Il ne s’agit pas ici de revenir sur les théories tactiques ou stratégiques qui ont donné lieu à une abondante littérature de qualité inégale.

 

Le choix de cette thématique tient aux raisons suivantes :

 

Tout d’abord, l’historiographie maritime, surtout française, a longtemps évité la navigation qu’elle découvre depuis peu : trop souvent, les bâtiments des historiens ne quittent pas le port, même si le récent projet ANR Navigocorpus (2007-2011, à l’Université de Nice avec notre collègue Silvia Marzagalli, http://navigocorpus.org) vise à reconstituer les itinéraires des bâtiments de commerce à la fin de l’Ancien Régime. L’intérêt des journaux de bord a été bien compris pour les navires de la Compagnie des Indes, dans le cadre du projet Asialog (en cours à l’université de Bretagne-Sud à ce sujet) ou chez les chercheurs anglo-saxons pour les navigations commerciales transatlantiques (voir à cet égard le site http://spatialanalysis.co.uk/2012/03/mapped-british-shipping-1750-1800/). En revanche, faute de sensibilité ou de compétence maritime, les journaux de bord des unités militaires et ceux de navigation des escadres sont en général ignorés ou très peu exploités en France, hormis par Patrick Villiers à propos des frégates. Ils sont à envisager en fonction des instruments de navigation et des cartes disponibles à l’époque mais aussi des caractéristiques nautiques des bâtiments et de la météorologie. La collaboration avec l’Ecole navale permet de prendre pleinement en compte de tels journaux et donc de mieux percevoir les données concrètes du déplacement d’un bâtiment ou d’une force navale. Le travail avec le Musée (ses collections et sa riche bibliothèque) donne accès aux objets dont pouvaient disposer les navigateurs, ainsi qu’aux plans et aux dessins des unités, voire dans au moins un cas (Le Royal Louis, vaisseau de 110 canons) à un modèle d’exercice de grande taille.

Cela renouvelle ensuite le regard porté sur les navires et leurs qualités nautiques. Sont-ils bien conçus, « bons marcheurs », stables, adaptés aux missions qui leur sont confiées ? Pour croiser données techniques et nautiques, l’historien doit se tourner vers des partenaires qui ne sont pas toujours familiers : les archéologues comme ceux du GRAN, des scientifiques spécialisés en mécanique et énergétique comme il s’en trouve à l’Ecole navale, des maquettistes comme ceux du Musée (dont les plus imposants modèles étaient destinés à l’instruction des futurs officiers), mais également des historiens du climat pour la reconstitution des données météorologiques.

 

Dans ces conditions, que peut faire un capitaine ou bien un amiral avec un bâtiment ou une force navale ? L’étude de l’exercice du commandement se situe à la croisée de trois approches, celle de la navigation, celle du groupe humain (équipage au singulier ou au pluriel), celle des opérations militaires. Quelle est la marge de manœuvre du capitaine ou de l’amiral en cours d’opération ? Quelles contraintes pèsent sur lui ? Comment sa mission a-t-elle été définie ? Quelle est son autonomie, sur le plan matériel (en vivres, munitions, moyens de propulsion…) mais plus encore décisionnel ? Comment celle-ci a-t-elle évolué et comment l’information est-elle acheminée dans un sens et dans un autre entre le bâtiment ou la force navale et le rédacteur des instructions à terre ? Quelle est l’autorité du capitaine ou de l’amiral sur le groupe humain qui lui est confié et subordonné ? Ces différentes questions sur lesquelles les historiens français sont aujourd’hui bien silencieux font l’objet, pour l’époque de la voile, d’un projet international auquel nous participons, Naval leadership in the age of sail.

 

Toutes ces questions liées aux opérations navales sont au cœur du séminaire d’histoire maritime de Paris Sorbonne dont la thématique actuelle, en amont du projet de recherche énoncé ci-après, est justement « L’opérationnel naval, objet d’histoire, XVIIe – XXIe siècle » (sous la direction des Pr. Olivier Chaline et Tristan Lecoq). La réflexion porte, de façon thématique, sur « qu’est-ce qui a réellement été faisable dans un contexte maritime, météorologique, politique, militaire et technologique donné ? ». Le principe du séminaire est, sur un thème donné, de faire parler un(e) historien(ne) et un officier de marine afin de dégager changements et constantes. Le séminaire d’histoire maritime s’articule avec celui qui est commun à l’ensemble du Master Guerres, armées, sécurité dont le thème sera précisément pour les mêmes années « Projection de puissance, projection de forces, opérations extérieures. Terre, Air, Mer ». Ces différentes activités se déroulent dans le cadre de l’Institut MARS (Marines, Armées, Renseignement, Sécurité) de l’Université Paris Sorbonne (UMS 3323 Maison de la Recherche).

 

La thématique d’ensemble « Navigation, commandement, opérations » se concrétisera par les deux réalisations suivantes encadrant l’époque moderne et prenant en compte, la première, le navire, la seconde, la force navale. La question de la performance nautique et opérationnelle est centrale dans les deux cas.